Repenser l’organisation de la recherche française

La CURIF a commandé au cabinet de conseil « SIRIS Academics » un rapport portant sur « La performance de la recherche française ».

Le rapport entier est consultable ici : French Research Performance in Context. SIRIS 2019

Sur la base de ce rapport, la CURIF a effectué 7 recommandations pour repenser l’organisation de la recherche française et en améliorer la performance à l’aune de la loi de programmation pour la recherche (LPPR).

Recommandation 1 : Aligner le financement de la recherche avec les standards de l’OCDE ;
à terme, combler le retard qui continue de se creuser avec des pays comme le Danemark
● Depuis 20 ans, l’investissement français en recherche et développement (GERD)
diminue par rapport à celui de la majorité des pays du monde. Alors que des pays qui
sont entrés récemment dans la production scientifique (Chine, Espagne) se
rapprochent de la France, l’écart continue de se creuser par rapport à des pays
comme l’Allemagne, le Danemark, le Japon ou les Pays-Bas. Le GERD de la France
est aujourd’hui inférieur à la moyenne de l’OCDE et à celui des principaux pays
européens producteurs de recherche.
Recommandation 2 : Repenser le système d’allocation des budgets aux universités en
différenciant la dotation recherche de la dotation formation, et en conditionnant une part du
budget recherche à des indicateur en lien avec le projet stratégique et les forces en
présence
● Les pays les plus performants en matière de recherche pratiquent un financement
public différencié pour la recherche et pour la formation. Cette démarche permet de
tenir compte des coûts spécifiques liés à l’activité de recherche, et d’introduire une
mesure d’indicateurs de performance dans l’allocation des fonds. Cette pratique
explicite la mission recherche des institutions, clarifie les attendus et reconnaît les
coûts structuraux de la recherche intensive.
Recommandation 3 : Renforcer les principales universités de recherche intensive
● Depuis une décennie, les politiques publiques tendent à renforcer la concentration
des forces en recherche. Cette démarche est nécessaire : dans un contexte
international compétitif, l’émergence de quelques universités de recherche intensive
est un atout pour l’ensemble du territoire. Cette différenciation doit être poursuivie et
renforcée.
Recommandation 4 : Soutenir une différenciation équilibrée des missions des acteurs ESRI
● La recherche n’est qu’une des missions du secteur ESRI. Mais à demander aux
mêmes institutions de remplir toutes les missions – depuis la professionnalisation
rapide jusqu’à la recherche académique d’excellence, on place chaque institution
devant des arbitrages impossibles. Si nous défendons une différenciation explicite
des missions des acteurs ESRI, c’est parce que nous sommes convaincus qu’elle
permet une meilleure prise en compte nationale de toutes les missions : de la
recherche bien sûr, mais aussi de la formation, et tout particulièrement de la
formation en premier cycle qui reste un enjeu national non résolu. Nous recherchons
la performance du système ESRI français, et non de certaines institutions
pseulement : un système de recherche performant et d’ambition mondiale et disruptif
doit pouvoir compter avec une diversité d’institutions de formation supérieure.

Recommandation 5 : Simplifier le modèle institutionnel et donner plus d’autonomie
● Comparé aux systèmes d’enseignement supérieur et de recherche étrangers, le
système français présente le paradoxe d’être à la fois très rigide (l’encadrement
réglementaire qui pèse sur les universités est peu flexible) et très complexe (avec
une liste très longues d’établissements au statut ad hoc). Les ordonnances ont
commencé à apporter une souplesse bienvenue. Nous plaidons fortement pour que
l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et de recherche aient plus
de liberté dans la définition de leurs modalités de gouvernance, mais soient soumis
au même cadre réglementaires de financement, de sélection des étudiants et de
recrutement, en éliminant peu à peu les statuts particuliers. autonomie de
recrutement des étudiants, système de financement basé sur la performance et les
missions unique à tous.
Recommandation 6 : Mettre les universités de recherche au centre du système français de
la recherche et les ONR au service de la visibilité et de l’attractivité de l’ESRI ; pleinement
intégrer les chercheurs des ONR au sein des universités de recherche intensive ; mettre en
place une signature et un affichage international unique ; transférer aux universités le
pilotage stratégique des labos
● Les ONR sont incontestablement un des moteurs de la capacité de recherche
française. Depuis plusieurs décennies, un rapprochement progressif avec les
universités permet l’émergence d’universités de recherche identifiables
internationalement. Mais ce rapprochement est aujourd’hui au milieu du gué, et le
rapport French Research Performance in Context démontre clairement que le
système actuel ne peut pas fonctionner. Une évolution du modèle selon les lignes
que nous recommandons aurait un impact comparable à celui des investissements
d’avenir à coût zéro.
Recommandation 7 : Développer l’autonomie des universités en matière de RH
● Les ressources humaines sont la clé de la qualité de la recherche. Mais aujourd’hui,
les universités ont très peu de marge de manoeuvre pour accompagner la carrière de
leurs enseignants-chercheurs et des personnels BIATS. Nous souhaitons davantage
d’autonomie dans la gestion de la carrière des personnels, enseignants-chercheurs
statutaires et BIATS, permettant de les accompagner dans leurs projets et durant les
différentes étapes de leur carrière. Cette souplesse aura un impact bien supérieur
que l’installation d’un système à deux vitesses via des tenure tracks ou des chaires
ad hoc.

 

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